Cette “Aube” là n’a rien de dorée

Certains nous voient comme des grecques de la diaspora, d’autres comme des rejetons de la troisième génération, pour d’autres encore nous sommes des étrangers. Certains sont nés ici, d’autres viennent à peine de déposer leurs valises, d’autres encore rêvent de pouvoir repartir. Nous retournons régulièrement en Grèce, nous y avons de la famille, des amis, des relations et des emplois. Nos biographies, la musique, le théâtre, la littérature et nos perceptions communes de l’existence tissent des liens forts entre nous.

Nous sommes aujourd’hui bouleversés par l’augmentation croissante des violences et des agressions perpétrées par des membres du mouvement néonazi Chrysi Avgi, qui se plaît à se faire appeler: l’aube dorée.

Nous nous étions habitués à parler de racisme et des violences que nous subissons en tant que migrants en Allemagne. Les images des attaques des néonazis à l’encontre de migrants et des réfugiés de Rostock en 1992 demeureront à jamais gravés dans nos mémoires ; ce jour d’infamie ou la télévision diffusa les images d’un crime en direct, sous les vivas d’une foule enthousiaste et sous les yeux d’une police incapable d’intervenir.

Lorsqu’une société en vient à fermer les yeux face à de tels agissements, comment peut-on s’étonner encore que des mouvements néonazis, tel que le NSA, ne se sente encouragé à passer aux actes en assassinant des migrants ? Et que dire de la réaction tardive du conseil constitutionnel ?

Nous sommes atterrés et ulcérés de voir que des agissements de même nature se déroulent quotidiennement en Grèce. Les néonazis du Chrysi Agvi perpétuent des agressions au nez et à la barbe des forces de police, et ce dans la plus totale impunité. Nous n’en revenons toujours pas que, dans un pays où le fascisme a fait des centaines de milliers de victimes, des criminels néonazis puissent être élus, que l’on puisse accorder à leur parti une tribune dans les médias, et qu’on soit assez lâche pour les rencontrer tout en feignant de minimiser leur influence dans la société.

Encore plus effrayante est la façon dont ces néonazis parviennent à tromper leur monde en avançant des préoccupations “purement patriotiques». Argument choc, grâce auquel ils parviennent à soutirer de la société la légitimité qui leur permet de terroriser les gens sans être, le moins du monde, inquiétés.

On peut se demander à quel point les effets conjugués de la crise économique, du démantèlement des structures sociétales, du déclin des institutions, des politiques migratoires en Grèce et en Europe ont été des facteurs ayant favorisé la percée du Christi Agvi ? Il est certain que cette crise, si douloureuse pour la Grèce, la politique allemande ainsi que les mesures drastiques de réduction des déficits ont joué un rôle dans la poussée de ce mouvement. Pour beaucoup de gens, la peur, la dépression et les problèmes économiques ont déstabilisé les valeurs humaines et précipité leurs existences dans des logiques de survie.

La crise économique a renforcé la crise des valeurs démocratiques.

Heureusement il existe des hommes des femmes qui ont le courage de se défendre et de rejeter ces attaques violentes contre leurs concitoyens. Il est crucial que ce refus soit relayé et suivi par d’autres.

Aucune société ne saurait être libre si elle permet que des hommes et des femmes soient menacés et mis en danger en raison de leurs origines, de leurs idées ou de leur sexe. Aujourd’hui c’est l’autre. Demain ce sera nous, toi ou moi qui seront menacés. Le fascisme n’est pas une opinion mais bien un crime.

Cette “Aube” là n’a rien de dorée.

C’est pourquoi nous disons NON au Chrisy Agvi et à tous les Chrisi Agvi de la terre.

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